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Vascularites

Matière : Rhumatologie · Niveau : cours magistral / exposé Source : support de cours (chapitre « Vascularites »), avec repères de nomenclature francophone signalés 🇫🇷.


0. Le socle commun

  • Cause inconnue.
  • Symptômes se développant sur semaines à mois — jamais brutalement.
  • Quatre symptômes communs à toutes :

Fièvre · Malaise et fatigue · Perte de poids · Arthralgies et myalgies

C’est un tableau général et non spécifique. Ce qui permet de trancher, c’est l’organe touché et l’anticorps.

La grille de lecture du chapitre

VasculariteIndice qui doit faire penserTest
PANDouleur abdominale après les repas, pied tombant, hépatite B/CAngiographie : aspect en perles
PMRCeintures scapulaire et pelvienne, > 50 ansVS élevée, CPK normale
Horton (ACG)Claudication de la mâchoire, céphalée, troubles visuelsBiopsie de l’artère temporale
GPA (Wegener)Sinus + poumon + reinC-ANCA
Churg-StraussAsthme + éosinophilieP-ANCA
Henoch-SchönleinEnfant : purpura, douleur abdominale, hématurieBiopsie : vascularite leucocytoclastique
CryoglobulinémieHépatite CFacteur rhumatoïde positif
BehçetUlcères buccaux ET génitauxPathergie

1. Polyartérite noueuse (PAN)

Maladie des artères de petit et moyen calibre, entraînant une vascularite diffuse qui épargne les poumons.

Association à l’hépatite B et C chronique.Le poumon est épargné dans la PAN — c’est le point le plus discriminant.

Manifestations

AppareilManifestation
DigestifDouleur abdominale aggravée par l’alimentation (vascularite des vaisseaux mésentériques), saignements, nausées et vomissements
RénalBiopsie nécessaire pour différencier des autres glomérulonéphrites
NeurologiqueNeuropathie péronière → pied tombant, le plus fréquent ; tout gros nerf périphérique peut être touché ; rechercher un AVC chez un sujet jeune
CutanéUlcères des membres inférieurs, livedo reticularis, purpura, nodules, rarement gangrène

Mononévrite multiplex : plusieurs neuropathies périphériques simultanées sur des nerfs nommés (ex. radial et péronier, ulnaire et cutané fémoral latéral).

Examens

  • Angiographie des artères rénale, mésentérique ou hépatique : dilatations en « perles » (beading)
  • Sérologies hépatite B et C
  • Biopsie du site symptomatique : examen le plus précis
  • Anémie, leucocytose, VS et CRP élevées ; P-ANCA dans moins de 20 % des cas
  • Urines : protéines et hématies, non spécifique

Traitement

Prednisone + cyclophosphamide. Traiter l’hépatite si elle est présente.


2. Polymyalgie rhumatismale (PMR) et artérite à cellules géantes

Ces deux maladies sont sur un même spectre.

Polymyalgie rhumatismale

  • Âge > 50 ans
  • Douleur et raideur des muscles des ceintures scapulaire et pelvienne : difficulté à se coiffer ou à se lever d’une chaise
  • Examens : VS élevée, anémie normochrome normocytaire
  • Pas de signes de destruction musculaire : CPK et aldolase NORMALES
  • Traitement : corticoïdes, efficaces même à faible dose

🔑 CPK normale = le muscle n’est pas détruit. C’est ce qui sépare la PMR d’une myosite : dans la polymyosite, la CPK est élevée.

Artérite à cellules géantes (ACG / artérite temporale) 🇫🇷 maladie de Horton

Ce qui la différencie de la PMR :

  • Symptômes visuels
  • Claudication de la mâchoire — douleur en mastiquant
  • Sensibilité du cuir chevelu
  • Céphalée
  • Symptômes artériels périphériques : pulsations diminuées, souffles claviculaires, régurgitation aortique

Examens : VS et CRP élevées · ⭐ biopsie de l’artère temporale = examen le plus précis

Traitement — la règle d’or

⭐⭐ Prednisone : débuter à dose élevée rapidement est PRIORITAIRE sur la biopsie. La cécité n’est pas réversible. On ne perd pas de temps.

  • Tocilizumab (anti-IL6) permet de se sevrer des corticoïdes

3. Granulomatose avec polyangéite (GPA) 🇫🇷 maladie de Wegener

Reconnaître

Atteinte combinée des voies respiratoires SUPÉRIEURES et INFÉRIEURES + insuffisance rénale.

  • Sinusite, otite moyenne, mastoïdite, atteinte orale et gingivale
  • Associations : lésions cutanées, articulaires, oculaires

⚠️ Astuce : l’indice pour répondre à « diagnostic le plus probable » est une pneumonie qui ne se résout pas et ne s’améliore pas sous antibiotiques. On ne pense pas spontanément à Wegener dans ce contexte.

Examens

ExamenStatut
ANCAMeilleur test initial
BiopsieExamen le plus précis : poumon (le meilleur) > rein (assez précis) > sinus (moins précis)

Les deux ANCA — à ne jamais confondre :

ANCACibleMaladie
C-ANCAanti-protéinase 3 (PR3)GPA / Wegener
P-ANCAanti-myéloperoxydase (MPO)Churg-Strauss et polyangéite microscopique

Traitement

Prednisone + cyclophosphamide. Rituximab est une alternative au cyclophosphamide pour la GPA et la polyangéite microscopique.


4. Granulomatose éosinophilique avec polyangéite 🇫🇷 syndrome de Churg-Strauss

Syndrome pulmonaire–rénal.

Reconnaître

ASTHME + ÉOSINOPHILIE

Plus : fièvre, perte de poids, arthralgies et manifestations cutanées — non spécifiques.

  • Peut être associée au zafirlukast
  • Biopsie = examen le plus précis
  • P-ANCA

Traitement

  • Prednisone + cyclophosphamide
  • Inhibiteurs d’interleukine : benralizumab ou mépolizumab — bloquent les éosinophiles sans corticothérapie prolongée, à la fois dans l’asthme et dans la GPA éosinophilique

5. Purpura rhumatoïde 🇫🇷 (purpura de Henoch-Schönlein, HSP)

Vascularite fréquente chez l’ENFANT.

Les quatre atteintes

OrganeManifestation
DigestifDouleur, saignement
PeauPurpura
ArticulationsArthralgies
ReinHématurie

Diagnostic et traitement

  • Le plus souvent diagnostiqué cliniquement, mais la biopsie est l’examen le plus précis
  • La vascularite leucocytoclastique à la biopsie confirme le diagnostic
  • ⚠️ Le taux sérique d’IgA n’est pas fiable pour tester le HSP
  • La plupart des cas se résolvent spontanément

Traitement : corticoïdes si douleur abdominale sévère ou insuffisance rénale progressive.

Les corticoïdes ne réversent pas l’insuffisance rénale, mais peuvent ralentir sa progression. Inhibiteurs de l’enzyme de conversion pour la protéinurie.


6. Cryoglobulinémie

Le plus souvent associée à une infection chronique par l’HÉPATITE C.

Peut aussi se voir dans : endocardite et autres maladies du tissu conjonctif (ex. syndrome de Sjögren).

Manifestations

Douleurs articulaires · glomérulonéphrite · lésions cutanées purpuriques · neuropathie

Les lésions ne blanchissent pas à la pression — les vaisseaux sont endommagés et enflammés.

Ne pas confondre avec les agglutinines froides

Les deux sont des anticorps IgM, mais :

CryoglobulinesAgglutinines froides
NatureImmunoglobulines qui précipitent à basse températureIgM qui agglutinent les globules rouges à basse température
AssociationsHépatite C, endocardite, SjögrenEBV, Mycoplasma, lymphome
ConséquenceAtteintes cutanées, articulaires, rénales, neurologiquesAnémie hémolytique
TraitementProtection du froid, rituximab, cyclophosphamide, ciclosporineTraiter la cause

Examens et traitement

  • Facteur rhumatoïde positif
  • Complexes immunitaires précipitables à froid
  • Traiter la cause sous-jacente, en particulier l’hépatite C
  • ⚠️ Les corticoïdes ne sont pas efficaces dans la cryoglobulinémie associée à l’hépatite C

🔑 Mnémotechnique du complément : SLE = 3 lettres → C3 diminué. Hep C = 4 lettres → C4 diminué.


7. Syndrome de Behçet

Inflammation généralisée des vaisseaux sanguins de tout le corps. Rare, mais plus fréquent chez les patients asiatiques ou du Moyen-Orient.

Symptômes principaux

  • Ulcères douloureux BUCCAUX ET GÉNITAUX, souvent associés à des lésions cutanées de type érythème noueux
  • Uvéite pouvant conduire à la cécité
  • Arthrite
  • Lésions du SNC pouvant mimer une sclérose en plaques
  • Anévrysmes des artères pulmonaires et coronaires

Le signe spécifique : la pathergie

⭐⭐ Pathergie : la peau produit une PUSTULE STÉRILE en réponse à un traumatisme mineur — par exemple un simple passage d’aiguille.

⚠️ Les questions d’examen sur Behçet portent souvent sur le diagnostic et la définition de la pathergie.

Examens et traitement

  • Aucun test sanguin spécifique. La pathergie est le signe clinique le plus proche d’un critère spécifique.
  • Traitement : corticoïdes
  • Pour se sevrer des corticoïdes : colchicine, azathioprine, cyclophosphamide, thalidomide
  • Apremilast (inhibiteur de la phosphodiestérase) pour soulager les ulcères buccaux

8. 📊 Tableau de synthèse

VasculariteSigne qui la trahitTest cléTraitement
PANDouleur abdominale post-prandiale, pied tombant, poumon épargnéAngiographie en perles + biopsiePrednisone + cyclophosphamide, traiter l’hépatite
PMRCeintures, > 50 ans, CPK normaleVS élevéeCorticoïdes faible dose
HortonClaudication de la mâchoire, céphalée, visionBiopsie temporalePrednisone immédiate, avant la biopsie
GPA / WegenerSinus + poumon + rein, pneumonie qui ne guérit pasC-ANCA (PR3)Prednisone + cyclophosphamide ou rituximab
Churg-StraussAsthme + éosinophilieP-ANCA (MPO)Prednisone + cyclophosphamide, benralizumab
Henoch-SchönleinEnfant : purpura, ventre, hématurieBiopsie leucocytoclastiqueRésolution spontanée ; corticoïdes si sévère
CryoglobulinémieHépatite C, purpura ne blanchissant pasFR positif, cryoglobulinesTraiter l’hépatite C ; pas de corticoïdes
BehçetUlcères buccaux + génitaux, uvéitePathergieCorticoïdes, puis colchicine, apremilast

9. Les 9 pièges à éviter

  1. Chercher une atteinte pulmonaire dans la PAN : le poumon est épargné.
  2. Confondre les ANCA : C-ANCA = PR3 = Wegener, P-ANCA = MPO = Churg-Strauss et polyangéite microscopique.
  3. Attendre la biopsie avant de traiter un Horton : la cécité n’est pas réversible, on donne la prednisone tout de suite.
  4. Croire à une myosite devant une PMR : la CPK est normale dans la PMR.
  5. Traiter longtemps une pneumonie qui ne guérit pas sans penser à la GPA.
  6. Doser les IgA pour confirmer un purpura de Henoch-Schönlein : non fiable.
  7. Donner des corticoïdes dans une cryoglobulinémie liée à l’hépatite C : inefficaces, il faut traiter l’hépatite.
  8. Confondre cryoglobulines (précipitent, atteintes multi-organes) et agglutinines froides (agglutinent, anémie hémolytique).
  9. Oublier la pathergie comme signe de Behçet — c’est précisément ce qui est demandé.