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Spondyloarthropathies séronégatives

Matière : Rhumatologie · Niveau : cours magistral / exposé Source : support de cours (chapitre « Spondyloarthropathies séronégatives »), avec repères de nomenclature francophone signalés 🇫🇷.


0. Ce que « séronégatif » veut dire

Le mot n’est pas un détail de vocabulaire : c’est la définition même du groupe.

Séronégatif = facteur rhumatoïde NÉGATIF.

Ces maladies ressemblent à une polyarthrite rhumatoïde par leur caractère inflammatoire, mais elles s’en distinguent radicalement :

Polyarthrite rhumatoïdeSpondyloarthropathies
Facteur rhumatoïdePositif (70–80 %)Négatif
TerrainFemmeHomme de moins de 40 ans
ArticulationsPetites, mains, symétriquesColonne vertébrale et grosses articulations
Lésion caractéristiqueSynovite → pannusEnthésopathie
GénétiqueCertains HLAHLA-B27
CorticoïdesEfficaces sur l’inflammationInefficaces

Les cinq caractéristiques communes — à réciter

  1. Douleurs articulaires, avec atteinte de la colonne vertébrale et des grosses articulations
  2. Facteur rhumatoïde négatif — d’où le nom
  3. Enthésopathie : inflammation aux points d’attache des tendons et ligaments sur l’os
  4. Uvéite
  5. Association au HLA-B27

⚠️ Les corticostéroïdes ne sont pas efficaces pour traiter les spondyloarthropathies séronégatives. C’est une différence majeure avec les autres rhumatismes inflammatoires.

🔑 Astuce d’examen : bien que ces maladies soient associées au HLA-B27, ce n’est jamais le test initial ni le plus précis pour poser le diagnostic. 8 % de la population générale est HLA-B27 positive.


1. Spondylarthrite ankylosante

« Quel est le diagnostic le plus probable ? »

Un jeune homme avec lombalgie et raideur du dos, douleur irradiant vers les fesses.

  • Aplatissement de la courbure lombaire normale et diminution de l’expansion thoracique
  • Évolution : la colonne devient progressivement immobile dans toutes les directions
  • Enthésopathie fréquente au tendon d’Achille
  • ⭐ Caractéristique : douleur lombaire aggravée au repos et soulagée par l’activité

🔑 Cette dernière ligne est le critère qui fait basculer le diagnostic. Une lombalgie mécanique fait l’inverse : elle s’aggrave à l’effort et se calme au repos.

Autres manifestations

AppareilManifestation
ArticulaireArthrite périphérique transitoire des genoux, hanches et épaules (50 %)
CardiaqueBloc atrioventriculaire (3–5 %), insuffisance aortique
ŒilUvéite
Rachis« Colonne en bambou » : fusion des articulations vertébrales par des syndesmophytes pontants — manifestation tardive

Examens

ExamenStatut
Radiographie de l’articulation sacro-iliaque (SI)⭐ Meilleur test initial
IRM⭐ Test le plus précis — détecte les anomalies plusieurs années avant la radiographie
Vitesse de sédimentation (VS)Élevée dans 85 % des cas
HLA-B27Non confirmatoire : 8 % de la population générale est positive

Traitement

  1. Exercice et AINS
  2. En cas d’absence de réponse : anti-TNF — étanercept, adalimumab, infliximab

❌ Pas de corticoïdes : ils sont inefficaces dans ce groupe de maladies.


2. Arthrite psoriasique

Terrain

  • 80 % des patients ont un psoriasis préexistant — la peau précède l’articulation.
  • Plus fréquente quand la maladie cutanée est sévère.

Signes caractéristiques

Outre l’atteinte de l’articulation sacro-iliaque :

  • Doigts « en saucisse » (dactylite), par enthésopathie
  • Ponctuation des ongles (nail pitting) — présente chez 10 % des patients atteints de psoriasis

Examens

ExamenRésultat
VSÉlevée chez presque tous les patients, mais non spécifique
Radiographie de l’articulation ⭐ meilleur test initialDéformation « crayon dans une tasse » (pencil-in-cup), érosions osseuses, destruction irrégulière de l’os
Acide uriqueÉlevé, en raison de l’augmentation du renouvellement cutané

⚠️ Piège : l’hyperuricémie de l’arthrite psoriasique peut faire évoquer à tort une goutte. Le contexte cutané et l’aspect radiologique tranchent.

Traitement — l’escalade en cinq temps

  1. Commencer par les AINS
  2. Si absence de réponse ou maladie sévère : méthotrexate
  3. Si le méthotrexate ne contrôle pas la maladie : anti-TNF
  4. Si les anti-TNF ne peuvent pas être utilisés : anti-IL17 — sécukinumab ou ixékizumab
  5. Apremilast, inhibiteur oral de la phosphodiestérase, peut être utile
  • Ustekinumab (anti-IL12/IL23) si les anti-TNF échouent
  • ❌ Les corticostéroïdes ne sont pas indiqués

3. Arthrite réactive (syndrome de Reiter)

Ce qui la déclenche

L’arthrite réactive survient secondairement à :

CauseParticularité
Maladies inflammatoires de l’intestinIncidence égale chez les deux sexes
Infections sexuellement transmissiblesBeaucoup plus fréquentes chez les hommes
Infections gastro-intestinalesYersinia, Salmonella, Campylobacter

« Quel est le diagnostic le plus probable ? » — la triade classique

⭐ Articulation + Œil + Appareil génital

  1. Douleur articulaire
  2. Manifestations oculaires : uvéite, conjonctivite
  3. Anomalies génitales : urétrite, balanite

Signe cutané spécifique : la kératodermie blennorragique — lésion ressemblant à un psoriasis pustuleux.

Diagnostic

  • ⚠️ Il n’existe aucun test spécifique de l’arthrite réactive.
  • Le diagnostic repose sur la triade.
  • 🔑 Les articulations chaudes et gonflées doivent être ponctionnées pour exclure une arthrite septique.

Traitement

  1. AINS en première intention
  2. En cas d’absence de réponse : sulfasalazine
  3. Injections de corticoïdes dans l’articulation peuvent être utiles

❌ Les antibiotiques ne réversent pas l’arthrite réactive une fois la douleur articulaire installée. Traiter l’infection déclenchante ne guérit pas l’arthrite.


4. 📊 Tableau de synthèse

Spondylarthrite ankylosanteArthrite psoriasiqueArthrite réactive
TerrainJeune homme, lombalgie et raideurPsoriasis préexistant (80 %)Après MICI, IST ou infection digestive
Signe cléDouleur aggravée au repos, soulagée par l’activitéDoigts en saucisse, ongles ponctuésTriade : arthrite + œil + urétrite
RadiographieSacro-iliite, colonne en bambou (tardive)« Crayon dans une tasse »Aucune image spécifique
BiologieVS élevée (85 %)VS élevée, acide urique élevéAucun test spécifique
Meilleur test initialRadiographie sacro-iliaqueRadiographie articulairePonction pour exclure une infection
TraitementExercice + AINS → anti-TNFAINS → MTX → anti-TNF → anti-IL17AINS → sulfasalazine

5. Les 7 pièges à éviter

  1. Demander le HLA-B27 pour faire le diagnostic : ce n’est ni le test initial ni le plus précis.
  2. Prescrire des corticoïdes systémiques : inefficaces dans tout ce groupe.
  3. Confondre le sens de la douleur : ici elle s’aggrave au repos et se calme à l’activité — l’inverse d’une lombalgie mécanique.
  4. Demander une IRM en première intention dans la spondylarthrite : la radiographie sacro-iliaque est le meilleur test initial, l’IRM le plus précis.
  5. Conclure à une goutte devant une hyperuricémie chez un psoriasique.
  6. Donner des antibiotiques pour guérir une arthrite réactive installée : ils ne la réversent pas.
  7. Oublier de ponctionner une articulation chaude et gonflée dans l’arthrite réactive : l’arthrite septique doit être exclue.