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Infections ostéo-articulaires

Matière : Rhumatologie · Niveau : cours magistral / exposé Source : support de cours (arthrite septique, articulations prothétiques infectées, arthrite gonococcique, ostéomyélite).


0. Le principe du chapitre

Une articulation chaude, rouge, immobile, c’est une infection jusqu’à preuve du contraire — et la preuve, c’est l’aiguille.

Trois idées commandent tout :

  1. L’arthrocentèse est à la fois le test initial ET le test le plus précis dans l’arthrite septique. On ne diffère jamais.
  2. On traite d’abord large, on rétrécit ensuite selon la culture — et si le staphylocoque est sensible, le bêta-lactame est meilleur que la vancomycine.
  3. L’os et la prothèse ne se stérilisent pas comme une articulation native : il faut de la chirurgie et des semaines d’antibiotiques.

1. Arthrite septique

Pourquoi l’articulation s’infecte si facilement

La membrane synoviale n’a pas de membrane basale : bactéries et antibiotiques la traversent sans obstacle.

C’est une mauvaise nouvelle pour la contamination, une bonne pour le traitement.

Le risque dépend de l’état de l’articulation

ArticulationRisque d’infection
IntacteRare
ArthroseLéger
Polyarthrite rhumatoïdeIntermédiaire
Prothèse articulaireMaximal

Le risque d’infection est proportionnel au degré de destruction articulaire.

Causes secondaires : endocardite, usage de drogues injectables — la bactériémie se propage aux articulations.

Étiologie

GermeFréquence
Staphylococcus40 %
Streptococcus30 %
Bacilles Gram négatifs20 %

Clinique

  • Articulation chaude, rouge et immobile, souvent avec épanchement palpable
  • Frissons et fièvre fréquents (bactériémie)

Examens

⭐⭐ Arthrocentèse : test initial ET test le plus précis. ⚠️ Radiographie, scanner et IRM ne sont pas utiles.

Liquide synovial :

ParamètreValeur
Leucocytes50 000 – 100 000 (majorité neutrophiles)
Grampositif dans 50 % ; 75 % avec Staphylococcus
Culture du liquidesensibilité 70–90 %
Hémoculturessensibilité 50 %

Traitement

  1. Traitement empirique initial : ceftriaxone + vancomycine
  2. Ajuster selon les résultats de culture
  3. Si le staphylocoque est sensible : passer à un bêta-lactame (oxacilline, céfazoline) — meilleure issue que la vancomycine

Alternatives selon le germe :

Type de bactérieAntibiotiques alternatifs
Bacilles Gram négatifsQuinolones, aztréonam, céfotaxime, pipéracilline, aminosides
Cocci Gram positifs sensiblesOxacilline, nafcilline, céfazoline, pipéracilline-tazobactam
Cocci Gram positifs résistantsLinézolide, daptomycine, ceftaroline, vancomycine

2. Articulations prothétiques infectées

  • Une prothèse infectée est chaude, rouge, immobile et douloureuse — comme une arthrite septique.
  • Germe le plus fréquent dans les prothèses récentes : Staphylococcus epidermidis.

Imagerie

  • Radiographie ou scanner : nécessaires pour déterminer si l’infection est limitée à l’articulation ou a atteint l’os autour de l’implant
  • ⚠️ IRM déconseillée : les prothèses contiennent du métal
  • Une zone claire autour de l’implant, ou une articulation physiquement lâche, oriente vers une infection au niveau de l’implant

Traitement

Il est difficile de stériliser une prothèse sans la retirer.

La séquence en trois temps :

  1. Retirer la prothèse
  2. Antibiotiques 6 à 8 semaines
  3. Remplacer la prothèse

3. Arthrite gonococcique

Terrain

Antécédent d’IST ou personne jeune sexuellement active. ⭐ Plus fréquente pendant les règles.

Ce qui la distingue de l’arthrite septique classique

TestArthrite septiqueArthrite gonococcique
Leucocytes50 000 – 100 000/µL30 000 – 50 000/µL
Atteinte polyarticulaireRareFréquente
TénosynovitePrésente, mouvements douloureux
Éruption pétéchialeParfois présente

Le diagnostic est plus difficile

La détection de la gonorrhée est plus difficile que celle de Staphylococcus, Streptococcus ou des bacilles Gram négatifs.

TestArthrite septiqueArthrite gonococcique
Gram50–75 %25 %
Culture90 %< 50 %
Hémoculture50 %< 10 %

D’où la conduite à tenir :

  • Pour une gonorrhée disséminée, cultiver plusieurs sites : pharynx, rectum, urètre, col de l’utérus
  • Cultiver partout en présence d’une éruption cutanée, d’une ténosynovite ou d’une atteinte polyarticulaire

Traitement

  • Ceftriaxone, céfotaxime ou ceftizoxime — traitement empirique de choix de la gonorrhée disséminée
  • ⚠️ Éviter les fluoroquinolones en première intention (plus de 5 % de résistance) ; ne les utiliser que si l’organisme est sensible

Astuce : une infection gonococcique récurrente doit faire rechercher un déficit terminal du complément.


4. Ostéomyélite

Infection de l’os.

Germes selon le terrain

TerrainGerme
GénéralStaphylococcus aureus le plus fréquent — mais tout organisme peut infecter l’os
EnfantPropagation hématogène
AdulteInfection contiguë, souvent par insuffisance vasculaire ou diabète
DrépanocytoseSalmonella

Clinique

  • Diabétique avec ulcère périphérique (neuropathie ou maladie vasculaire)
  • Zone chaude, rouge, enflée
  • Trajet fistuleux purulent possible
  • ⚠️ Souvent afébrile — l’absence de fièvre ne rassure pas

Examens — l’ordre compte

  1. Radiographie : test initial de choix
  2. Si la radiographie est normale → ⭐ IRM (examen suivant approprié)
  3. Biopsie : test le plus précisà prélever AVANT les antibiotiques
  4. Scanner : peu utile
  5. Scintigraphie osseuse : uniquement si l’IRM est impossible (ex. pacemaker)

🔑 La règle de la biopsie avant les antibiotiques vaut pour toute infection osseuse : une fois traité, on ne retrouve plus le germe.


5. 📊 Tableau de synthèse

Arthrite septiqueProthèse infectéeArthrite gonococciqueOstéomyélite
TerrainArticulation déjà abîmée, endocardite, drogues IVProthèse en placeJeune sexuellement actif, règlesDiabétique avec ulcère ; enfant ; drépanocytaire
GermeStaph 40 %, Strep 30 %, BGN 20 %S. epidermidisNeisseria gonorrhoeaeS. aureus ; Salmonella si drépanocytose
Leucocytes50 000–100 00030 000–50 000
Signes propresMono-articulaire, fièvreZone claire autour de l’implantPolyarticulaire, ténosynovite, pétéchiesSouvent afébrile, fistule
Examen cléArthrocentèse (initial et le plus précis)Radiographie ou scanner (pas d’IRM)Cultures multi-sitesRadiographie → IRM → biopsie
TraitementCeftriaxone + vancomycine, puis adapterRetirer → 6–8 semaines d’ATB → remplacerCeftriaxone ; pas de quinolones d’embléeAntibiotiques après biopsie

6. Les 9 pièges à éviter

  1. Demander une imagerie devant une suspicion d’arthrite septique : radiographie, scanner et IRM ne sont pas utiles. C’est la ponction.
  2. Oublier que le risque d’infection est proportionnel à la destruction articulaire — la prothèse est le terrain le plus à risque.
  3. Garder la vancomycine alors que le staphylocoque est sensible : le bêta-lactame donne une meilleure issue.
  4. Faire une IRM sur une prothèse : elle contient du métal.
  5. Croire qu’on peut stériliser une prothèse sans la retirer.
  6. Se rassurer avec un Gram et une culture négatifs dans une suspicion de gonocoque : sensibilités de 25 % et < 50 %.
  7. Oublier de cultiver le pharynx, le rectum, l’urètre et le col devant une gonorrhée disséminée.
  8. Utiliser une fluoroquinolone d’emblée contre le gonocoque : plus de 5 % de résistance.
  9. Débuter les antibiotiques avant la biopsie osseuse dans l’ostéomyélite : on perd le germe.

🔑 Et un réflexe transversal, valable aussi pour les autres chapitres : devant une articulation chaude et fébrile, l’arthrocentèse tranche entre infection, goutte et chondrocalcinose. Une goutte peut donner de la fièvre ; une infection peut ressembler à une crise de goutte.